Rencontre avec CAMILLE DARDE Jewelry Designer, BROOKLYN, NY

Mis à jour : 3 oct. 2019

L'expatriation, le fait de ne connaître personne, de ne pas être ancrée, te donne une liberté d’être et de créer qui rend les choses beaucoup plus faciles.

Qu’est ce que tu voulais faire quand tu étais petite?


Je voulais être peintre ou dessinatrice. Un peu plus tard j’ai découvert la couture et j’aurai voulu être styliste de mode. Je ne pensais pas déjà aux bijoux mais j’aimais l’esthétique des choses et l’idée de travailler de mes mains.


Quel métier faisait ta maman?


Quand j’étais petite ma maman était mère au foyer, elle a commencé à travailler dans les assurances quand je suis partie de la maison pour faire mes études.

Mais durant mon enfance, ma maman a fait le choix d’être là pour nous, elle était très disponible et c’est pour beaucoup grâce à elle que j’aime travailler de mes mains. Elle faisait toujours beaucoup de choses manuelles, elle était très douée, elle m’a donné le goût de créer.


Quelles études as-tu fait ?


J’ai fait une école de commerce parce que mes parents ne voulaient pas que j’étudie ni l’art, ni le stylisme. Après mes études, j’ai cherché à travailler dans la mode en pensant que c’est ce qui me rapprocherait le plus de la création. J’ai commencé à travailler dans les bureaux de tendance, puis pour Givenchy à la haute couture et au retail, et enfin pour les salons de la lingerie et du balnéaire où j’organisais leurs défilés.

A chaque fois je flirtais de très prêt avec la création mais finalement d’un job à l’autre, je me rendais compte que je ne créais jamais, c’était le travail d’autres.


Comment s’est passé ton arrivée à New York et la découverte du milieu des créateurs de bijoux, ou jewelry designers comme ils s'appellent ici ?


Quand je suis arrivée à New York je ne connaissais rien du monde des créateurs de bijoux. Je suivais mon copain et je me suis débrouillée pour arriver avec une petite mission de deux mois pour organiser un défilé de lingerie ici à New York.

Je n’étais pas du tout dans le milieu des bijoux, je cherchais un job dans la mode, je n’avais pas de visa, c’était 2008 et la crise donc j’étais plutôt dans la logique de continuer ce que je faisais en France plutôt que de découvrir le milieu créatif New Yorkais.


J’ai rapidement trouvé un job pour un agent de photographe dans la mode qui ouvrait son bureau à New York et qui avait besoin de quelqu’un sur place. C’était le 'dream job' pour moi sur le papier mais ça c’est vite révélé être un enfer. C’est un peu ce qui m’a permis de jeter l’éponge et de me dire que ça n’était pas ce que je voulais faire de ma vie! J’étais à New York, la ville de tous les possibles et j’avais toujours voulu créer de mes mains, alors je me suis lancée!


Et puis comme souvent quand les choses doivent se faire, tout s’est bien enchaîné, nous nous sommes mariés avec mon copain ce qui m’a permis d’obtenir un visa de travail. À ce moment là j’ai commencé à créer mes bijoux en même temps que je commençais un job en freelance d’assistante styliste quelques jours par semaine. Je me suis assez vite inscrite sur les marchés de créateurs les week-end pour vendre mes créations. Au début ils m’ont pris ponctuellement puis petit à petit tous les week-end. Assez rapidement je me suis épanouie personnellement et financièrement par la création et la vente de mes bijoux mais aussi grâce à mon job de freelance.




Quel est ton rapport à la ville de New York aujourd’hui?


New York, j’y suis arrivée il y a 10 ans avec mon conjoint. On est venu en repérage et j’ai tout de suite eu un coup de coeur. On a cette image en France, cette fascination pour New York, les grand immeubles, ça grouille, le côté multiculturel, tout de suite j’ai été fascinée et on peut dire que 10 après je suis toujours aussi fascinée.


J’ai l’impression qu’il y a toujours des choses à explorer, ça bouge à une vitesse folle, pour l’inspiration c’est incroyable et puis ce que j’aime le plus c’est qu’on se sent chez soi immédiatement quand on arrive dans cette ville, peu importe d’où on vient, peu importe depuis combien de temps on est là, on s'approprie la ville très rapidement et puis les gens sont tellement accueillants! J’adore New York!

Comment est-ce que tu as démarré ton business?


Je me suis formée toute seule à la création de bijoux, j’ai commencé en bidouillant, je bricolais un peu chez moi et j’étais assez friande des marchés de designers et d’antiquités. J’allais quasiment tous les week-end chez “Artists and Fleas” ou “Hester street fair” des marché de créateurs à New York ou bien à “the garage” un marché aux puces à Manhattan.


Puis j’ai découvert les fournisseurs de bijoux, ils ont souvent pignon sur rue ici et j’ai essayé des trucs. Pas mal de formation YouTube aussi et puis des rencontres. Sur les marchés de créateurs j’ai rencontré des gens incroyables, des designers un peu underground, un peu débrouille, qui te donnent pas mal de conseils sur comment et avec qui tu devrais travailler, ce que tu devrais essayer, des contacts de fournisseurs. Petit à petit, en plus des quelques cours auxquels je me suis inscrite pour apprendre des techniques de bijoutiers - notamment la soudure et la cire perdue - j’ai commencé à créer.

Par la suite ça a été beaucoup d'entraînement, d’essais, de ratés et de recommencements.


Et puis un jour j’ai rencontré cette française qui venait d’arriver à New York un mois auparavant, elle était là sur le marché où je me rendais les week-ends à vendre ses bijoux. Je me suis dis Wahou, elle ne perd pas de temps! Moi qui ai tendance à beaucoup réfléchir normalement avant de faire les choses, cette rencontre m’a énormément boosté. Je me suis dis que si elle avait osé, moi aussi j'allais oser. Je me suis inscrite pour avoir un stand sur ce marché et j’ai commencé à vendre mes créations. Au début c'était assez ponctuel et puis petit à petit mes produits ont évolués et comme je commençais à avoir du succès on m’a attribué un stand régulier. De fil en aiguille je me suis inscrite à d’autres marchés à New York et aux alentours.


Par la suite c’est devenu assez rapidement saturé de bijoux mais ça m’a permis de me poser les bonnes questions et de faire évoluer mes produits. Pendant toutes ces années j’ai beaucoup cherché à me différencier, à avoir ma propre identité, c’est un bon entraînement, ça te pousse à travailler encore plus.


C’est comment de lancer son entreprise à New York? Quelles difficultés majeures as-tu rencontré?


J’ai trouvé cela assez facile. En venan