Rencontre avec ELISE GOUJON Founder at New York, Miami and Los Angeles Off Road

Mis à jour : 3 oct. 2019


En arrivant j’ai rapidement basculé sur des envies d’entrepreneuriat. Je me suis dit: si je suis à New York, je veux faire quelque chose qui émane de moi, qui est 100% en accord avec ce que je suis.


Qu’est ce que tu voulais faire quand tu étais petite?


Quand j’étais petite je voulais être maîtresse mais comme beaucoup de petites filles je crois. Plus tard, au lycée, je voulais faire du droit, je voulais être avocate pour défendre les plus démunis.


Quel métier faisait ta maman?


Ma maman était diététicienne. Quand elle a eu une quarantaine d’année, elle a repris une formation de deux ans en parallèle de son activité pour devenir cadre de santé et monter les échelons dans son domaine. Aujourd’hui elle encadre une équipe de diététiciennes. J’ai trouvé cela super inspirant qu’elle se remette en question à ce moment de sa vie et qu’elle s’engage dans quelque chose qui était pour elle un vrai challenge.


Quelles études as-tu fait ?


J’ai fait l’ESSCA qui est une école de commerce en 5 ans, à Angers, agrémentée d’une année de césure aux Philippines pendant 1 an. Une année qui m’a beaucoup marquée car dès mon arrivée la-bas je me suis engagée dans une ONG Franco-Philippine Virlanie Foundation qui aide les enfants des rues à se remettre dans le système et à apprendre un métier pour s’en sortir. Cette expérience a eu un réel impact dans ma vie et a entraîné une grosse remise en question pour moi à cette époque là.


Suite à cette expérience, j’ai tout de suite eu envie de me diriger dans l’humanitaire en sortant de l’ESSCA mais je me suis vite rendu compte que ça n’était pas le bon moment. Les ONG sont surtout en recherche de profils qui ont déjà eu une expérience professionnelle et développé une expertise dans le privé pour pouvoir les mettre à profit au sein de leurs organisations.


Quand j’ai monté New York Off Road, je travaillais également en parallèle avec une ONG, ça a toujours été en fil rouge et je n’exclu pas le moment où je vais me dédier 100% à ça.


Comment s’est passé ton arrivée à New York et tes débuts dans l’entrepreneuriat?


C’est la société pour laquelle je travaillais à Paris qui m’a envoyé à New York.

Je suis arrivée dans cette entreprise dès la fin de mes études, j’étais la troisième salariée, et avec le recul je pense que c’est eux qui m’ont donné envie de me lancer dans l’entrepreneuriat. J’ai vécu et contribuer au développement de cette boite, j’ai fait des rencontres extraordinaires et j’ai énormément appris.


Quand les co-fondateurs ont ouvert le bureau à New York, ils m’ont envoyé là-bas une semaine pour rencontrer des clients, c’était ma première fois à New York et je suis tombée complètement in love de cette ville, un vrai coup de foudre, auquel je ne m’attendais pas d’ailleurs et je n’ai plus voulu repartir!

J’ai tout de suite sentie qu’il se passait un truc à New York, cette énergie du tout est possible, c’est ultra cliché mais c’est vraiment ce que j’ai ressentie, et puis j’ai aimé l’ambiance et la positive attitude qui règne ici.


A mon retour en France, j’ai fait des pieds et des mains pour être mutée à New York et en 2012 je venais m’installer dans le East Village avec mon mari qui s’était également vu proposer une mutation par son entreprise.


En arrivant j’ai rapidement basculé sur des envies d’entrepreneuriat. Je me suis dit, si je suis à New York, je veux faire quelque chose qui émane de moi, qui est 100% en accord avec ce que je suis.

La chance que j’ai eu c’est que nous étions arrivés ici, mon mari et moi, avec chacun son visa, ce qui m’a permis de me raccrocher au sien le temps de me lancer. A cet instant j’avais un boulevard devant moi, c’était New York et moi et je n’avais qu’à réfléchir à ce que je voulais faire.



Comment est-ce que tu as démarré ton business?


L’idée était là depuis le départ, mon amour pour la ville, ces visites insolites que j’adorais faire, cette envie de découverte, je me suis dit que je pouvais peut-être partager tout ça. J’ai commencé à construire des visites hors des sentiers battus, celles que j’aimais et à les proposer aux autres.


L’objectif premier, qui n’a pas vraiment changé aujourd’hui même si l’offre s’est étendue, c’était de proposer aux touristes francophones de découvrir mon New York à moi, le New York que tu ne vois ni dans les livres, ni dans les guides, ni en passant ta semaine à Times Square. J’avais une vraie valeur ajoutée en tant qu’insider expatriée française. Avec ma culture française d’origine et la culture américaine que j’assimilais en vivant ici, je savais à quoi les gens allaient être sensibles ou moins sensibles et j’ai construit la visite que j’aurai aimé avoir en arrivant ici!


Depuis nous n’avons jamais changé de cap même si aujourd’hui notre offre s’est étoffée. A ce jour nous proposons également des ateliers, des expériences, nous nous adressons aux touristes mais aussi aux expatriés qui veulent redécouvrir leur ville. Je travaille aussi avec des plus petits groupes, en privatif, mais je reste toujours vigilante à ce que tous les nouveaux parcours gardent l’ADN de départ.



C’est comment de lancer son entreprise à New York? Quelles difficultés majeures as-tu rencontré?


D’un point de vue administratif et logistique, j’ai trouvé cela assez facile dès lors que tu as le visa qui te permet de pouvoir avancer bien sur.

Au commencement de mon activité, avant même d’incorporer une L.L.C, je me suis lancée avec un statut freelance. A New York tu peux avancer avec ce statut dès lors que tu as le droit de travailler, ce qui n’est pas le cas en France.


Après ce qui est plus dur évidemment c’est que tu n’es pas dans ta langue maternelle et tu n’es pas dans ton pays, le système reste différent et tu peux passer un temps énorme à essayer de le comprendre. Dans ce contexte et pour ne pas faire d’impair j’ai préféré m’entourer de l’expertise d’un avocat et d’un comptable, et c’est un conseil que je donnerai, le coût reste raisonnable et je pense que ça vaut vraiment la peine d’investir un minimum.





C’est quoi le meilleur conseil Business qu’on t’ai donné quand tu as commencé?


On ne m’a pas vraiment donné de conseil quand j’ai commencé, à part peut être d’essayer de prendre du recul et de me demander où je voulais emmener mon entreprise à horizon 3, 5 et 10 ans. C’est toujours assez difficile pour moi de faire cet exercice là d’ailleurs.


Tu viens aujourd’hui de déménager à L.A, où tu ouvres un troisième volet de ton entreprise, Los Angeles Off Road. Quel est ton rapport à la ville de Los Angeles qui est nouvelle pour toi et à la ville de New York que tu as laissé derrière toi?


Les gens s'arrêtent à L.A parce que c’est le point de départ ou d’arrivée des parcs de l’Ouest. Le challenge c’est de les faire rester plus d’une nuit et de les convaincre qu’il y a autre chose à voir et à faire que la visite des Studios Universal.


Pour moi tu peux rester à L.A en destination unique comme tu restes à New York! Il y a tout: il y a la mer, la montagne, downtown qui est super intéressant, une diversité de restaurants, une multitude de quartiers qui sont de véritables villes dans la ville. Il y a tellement à explorer. Si tu n’as pas passé au moins une semaine à L.A tu n’as rien vu de L.A et c’est ce dont je veux convaincre les touristes français!


New York, ça reste New York, les français adorent New York! Rien qu’en prononçant le nom, tu peux voir les étincelles dans leurs yeux.


Aujourd’hui je vis à L.A mais je reste profondément attachée à New York où j'ai prévu de retourner régulièrement.





Tu as aussi lancé il y a bientôt 2 ans Miami Off Road, un lien particulier avec Miami?


Miami est une ville que j’avais détesté la première fois que j’y suis allée il y a plus de 10 ans, je n’y voyais aucun intérêt mais en réalité c’est parce que je ne savais pas où aller.

Au moment où New York Off Road grossissait, je me suis posée la question de savoir si je serai capable d’ouvrir une ville dans laquelle je ne vivais pas et si oui quelle ville j’aurai envie de faire découvrir aux français ?


Je suis retournée à Miami pour des raisons personnelles, j’ai rencontré des gens là-bas qui m’ont fait découvrir comment vivent les locaux et j’ai compris que les touristes français ne savaient pas ce que cette ville cachait, donc… j’allais les emmener! ( rires )


Évidemment, il y a un potentiel énorme dans cette ville. La diversité des quartiers, l’histoire des communautés, le côté balnéaire, l’architecture art-déco… Le vrai challenge a donc été de trouver la personne de confiance là-bas, celle avec qui j’allais pouvoir créer notre offre sur Miami. J’ai trouvé la perle rare en la personne d'Héloïse et depuis je me rends à Miami 2 à 3 fois par an, pour tester et valider les visites.

Quel est ton lieu de travail ? Comment réussis-tu à gérer ton activité simultanément dans les 3 villes de New York, Miami et L.A ?


Aujourd’hui je travaille de chez moi et c’est un vrai changement mais comme je viens d’arriver à Los Angeles c’est aussi agréable pour commencer à prendre mes marques.

Actuellement, je suis en phase de monter une équipe ici et de développer les visites, nos lieux de travail et de rendez-vous sont plutôt les quartiers que nous explorons, et compte tenu du trafic existant à Los. Angeles ça ne fait pas vraiment sens d’avoir un bureau physique dans lequel on se retrouverait.


Pour ce qui est de la production, je suis toujours organisée autour du bureau de New York car nous travaillons beaucoup avec la France et ça n’aurait aucun intérêt de basculer les équipes ici compte tenu du décalage horaire. Finalement New York est idéal, situé entre L.A et l’Europe et jusque là ça fonctionne plutôt bien.


Pour ce qui est de la gestion simultanée des 3 villes, nous travaillons avec des outils comme Slack, qui est de loin notre outil majeur! J’adore Slack, c’est super pratique et super intéressant en terme de partage d’informations et d’organisation. Les fonctionnalités te permet de créer des groupes de travail sur des thématiques différentes, d’être toujours connecté, et comme mes équipes sont assez dispersées c’est un outil qui permet de tout regrouper au sein d’une même plateforme.

Le revers de la médaille c’est que tu ne déconnectes jamais vraiment mais ça... c’est aussi un problème d’époque pour les entrepreneurs comme pour les salariés je crois.

On utilise aussi beaucoup la suite Google avec Google Mail, Calendar, Drive entre autres et bien sur Google Map où on se partage toutes nos informations concernant les visites





Qu’est-ce que tu préfères dans ton environnement de travail?


Ma flexibilité. Evidemment il y a plusieurs mois dans l’année où je dois être physiquement présente à L.A car c’est la haute saison et que j’effectue moi-même les visites, mais en dehors de cette période, si j’ai envie de passer 3 semaines en France, je peux travailler de France ou d’ailleurs et ça, ça n’a pas de prix !


Quel est le plus gros sacrifice que tu aie fait pour démarrer ton business?


Sans hésiter, en tant que femme, un congé maternité de 6 semaines !

J’ai travaillé jusqu’à la veille de la naissance de mon fils mais ça, ça ne m’a pas vraiment posé de problème, de toute façon ici c’est le tarif américain donc ça ne choque pas grand monde, en France, ça a beaucoup plus étonné ! (rires). Après sa naissance j’ai réussi à faire un vrai break de seulement 6 semaines alors que j’aurai aimé un peu plus… avant que des problèmes m’obligent à reprendre plus rapidement.


Quelle est la plus grande peur que tu aie dépassée en lançant ton entreprise?


Sans hésitation le syndrome de l’imposteur. Aujourd’hui j’ai réussi à m’en défaire mais au début il était très présent, d’abord parce que c’était une reconversion mais aussi parce que je n’étais pas guide.


Par la suite, ma grande peur c’était de voir mon entreprise grandir. New York Off Road était mon premier bébé et le voir grandir était à la fois génial et à la fois terrifiant. J’y ai tellement mis de moi, de mon coeur, de mon énergie, de mon âme, je n’avais pas envie que ça m’échappe et en même temps si je voulais qu’il grandisse, il fallait accepter de ne plus pouvoir tout contrôler..


Quelle est ta définition du succès?


C’est très personnel mais j’ai l’impression d’y être déjà arrivé.